Culte du corps artificiel et naturel

(BTS 2018-2019 : THÈME DU PROGRAMME « CORPS NATUREL, CORPS ARTIFICIEL »)

I. Concepts théoriques : individualisme et narcissisme

Les changements sociaux et économiques considérables qui ont lieu au début du XIXe siècle aboutissent à l’émergence de nouvelles valeurs sociales : la famille (restreinte), l’argent et surtout l’individualisme (théorie qui oppose l’individu et le groupe en privilégiant valeurs, droits et intérêts de chacun contre le bien commun si besoin).

A partir de la seconde moitié du XXe siècle, l’individualisme se renforce et avec l’épanouissement de la société médiatique et de l’importance accrue de l’image, il donne lieu à une problématique liée : le narcissisme.

Le narcissisme est lié au mythe grec de Narcisse, jeune homme idéalement beau qui refuse tout amour car il n’estime personne aussi beau que lui. La déesse de l’amour Aphrodite le condamne alors à tomber amoureux de lui-même. Il ne cesse alors de regarder son reflet dans l’eau d’une rivière mais il finit par tomber et se noyer.

Narcisse par Caravage (1598)

Le narcissisme est une idée phare pour comprendre nombre de problématiques actuelles dans notre société : il est au cœur de la « société du spectacle ». Le qualificatif de « société de spectacle » est utilisé par Guy Debord dans les années 60  pour décrire une société qui produit une volonté contradictoire dans chaque individu :

  • de se conformer à un modèle social très normé (et donc d’acheter des biens économiques pour ressembler au modèle qui nous correspond)
  • de se séparer de la masse en revendiquant son individualité propre par rapport au groupe (et donc à acheter des biens économiques qui nous permettent de montrer son originalité par rapport au groupe)

Cette contradiction produit des conflits d’identité forts, entraînant une opposition entre le paraître (extérieur et exposé au regard social) et l’être (intérieur et intime à la conscience et à l’inconscient de chacun).

L’image  liée au développement des médias (télévision, photographie, cinéma au temps de Debord ; web, vidéo, photo, portable et réseaux sociaux de nos jours) joue alors le rôle d’une caisse de résonance et amplifie les problèmes.

John Shakespeare (via Caravaggio’s Narcissus) Narcisse se regardant dans un ipad

II. Le culte du corps artificiel : le culturisme

Les convenances (comportements sociaux c’est-à-dire placement et position du corps de l’individu dans le groupe) et les apparences (dressage du corps et habillement) ont toujours joué un rôle important dans les règles  du jeu social.

Cependant, dans un monde de l’image comme le nôtre, la maîtrise de l’image que nous renvoyons aux autres devient  un enjeu primordial pour chaque individu. 

Diverses tendances contemporaines s’inscrivent dans ce conflit identitaire lié au narcissisme et témoignent des difficultés pour chacun d’entre nous à résoudre l’exigence contradictoire de conformisme et d’originalité. Le culturisme offre un exemple éclairant.

a) Le culturisme ou bodybuilding ; la musculation

Ces deux disciplines n’ont pas la même finalité : le culturisme cherche à développer la masse musculaire dans un but esthétique, la musculation cherche un développement dans un but de bien-être mental et de bonne santé.

Cliquez sur le lien pour lire un extrait de Pascal TARANTO, « Le culturisme ou l’impossible image de Soi », in Hercules de toujours. Construction et culte du corps dans les sociétés antiques et modernes, Nantes, Editions Nouvelles Cécile Defaut, 2013. Cet extrait a été donné en sujet d’examen au concours d’entrée dans de Grandes Ecoles en 2013. Le corrigé (résumé du texte) se trouve dans le rapport du jury-examinateur (fin du document) : ici

Le culturisme se développe à partir du milieu du XIXe siècle et prend son essor après la seconde guerre mondiale. Il repose sur plusieurs conceptions héritées en grande partie de l’antiquité grecque :

  • idéal du corps  qui allie force, puissance et héroïsme ( Hercule)
  •  idéal grec de l’harmonie du corps et de l’esprit se contrôlant (mesure) ( Apollon)
  • idéal grec d’un corps ascète (=purifié) et entraîné comme une machine de guerre (spartiates et gladiateurs)

Ces différentes conceptions ont en commun de proposer une construction de l’identité masculine fondée sur le corps combattant, agressif et violent (masculinité) ou mesuré dans ses passions :

  • Hercule (demi Dieu) est le personnage de la mythologie qui ne maîtrise pas sa force et est puni pour avoir tué sa femme (d’où le châtiment des douze travaux)
  • Apollon au contraire est le dieu qui se contrôle et propose un corps fort mais soumis à sa volonté
  • spartiates et gladiateurs sont des hommes  qui cherchent en quelque sorte  la mesure d’Apollon par l’ascétisme et la force d’Hercule.

Un excellent article qui développe et précise ces éléments : L’ANTIQUITÉ DANS L’UNIVERS DU BODYBUILDING : UNE INJONCTION À QUELLE(S) VIRILITÉ(S) ? de 

b) Exemple des représentations liées au culturisme au XXe siècle :

  • Le jeune « aryen » (corps fort et contrôlé = Apollon) du régime nazi

(Jeune homme, Arno Breker, sculpteur du régime nazi)

  • Force et héroïsme (Hercule)

Le mythe d’Hercule pose problème car dans le mythe grec, il apparaît comme le symbole même de l’homme incontrôlable dans ses passions et qui devrait « apprendre » par les douze travaux à se maîtriser. Les péplums américains des années 50 (les péplums sont des films qui portent sur l’Antiquité et qui se centrent sur les aventures d’un personnage héroïque qui accomplit des exploits héroïques) proposeront au contraire un modèle d’Hercule modérément incontrôlable de façon à adoucir l’aspect sauvage du héros grec.

Steeve Reeves le premier Hercule du cinéma vient du monde du culturisme.

Après avoir brillé dans les concours de culturisme, Arnold Schwarzenegger commencera sa carrière d’acteur dans un Hercule.

  • Force et machine à tuer (idéal guerrier : le gladiateur / le spartiate)

Affiche du film de Ridley Scott (2000)

Affiche du film 300 réalisé par Zack Snyder en 2007 qui magnifie la bataille de Léonidas et les Spartiens contre les Perses

Une autre sorte de spartiate/gladiateur : Terminator réalisé par James Cameron en 1984

III. Culte du corps naturel : naturisme, nudisme et « manger sain »

a) Le Naturisme

Il s’agit d’un mouvement de pensée qui se développe dans le milieu du XIXe siècle à partir de protocoles médicaux axés sur une exposition des corps au soleil et à l’eau : autrement une thérapie fondée sur un retour à des éléments naturels (hydrothérapie, cures thermales, « bain de soleil »…). 

Le nudisme (le fait d’être nu) n’est qu’une dimension restreinte du « naturisme » qui implique un respect de son corps, de celui des autres mais aussi de la nature et de l’environnement. Il s’agit d’être un accord avec soi-même, avec les autres et avec la nature. C’est pourquoi il s’agit bien d’une philosophie de vie.

b) Le Nudisme

Le Nudisme est une pratique qui vise à utiliser l’espace public pour pratiquer certaines activités (de loisirs principalement comme les bains de mer, les courses de vélo (word naked bike ride), festivals). Il s’agit moins d’un mode de vie qu’une circonstance limitée et ponctuelle.

Depuis les années 70 et surtout avec le mouvement des Femen dans les années 2000, il est pratiqué comme un moyen  de replacer le corps naturel au centre des débats politiques.

Le corps nu devient la métaphore du corps du citoyen avant son dressage social et sa socialisation : il s’oppose à la contrainte exercée par la société, il revendique d’autres choix sociaux et politiques.

Le mouvement féministe des Femen s’est fait connaître par son mode d’action (seins nus). Il s’agit d’interroger le manière dont le corps des femmes est sacralisé (le corps de la mère) et chosifié comme un objet sexuel. L’utilisation de ce corps nu dans un mouvement de protestation choque car il n’apparaît plus comme un objet socialisé et reconnaissable (sous domination masculine, assimilable à un rôle reproducteur et sexuel).

A écouter : une émission avec  Inna Shevchenko fondatrice du mouvement en France.

c) « Manger sain »

La diversité des pratiques alimentaires est une tendance importante de notre société actuelle. Le point commun de ces pratiques est de privilégier une alimentation non transformée, sans additifs industriels ou chimiques, dans le respect de l’environnement. On peut ainsi considérer cette tendance comme un volonté de privilégier et de magnifier le corps sain (harmonie corps/esprit/nature).

Il est également dans certains cas utilisé comme un forme de protestation politique ou éthique comme pour le cas du véganisme.

 

 

 

 

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