Le corps « réparé »

BTS 2018-2019 : THÈME DU PROGRAMME « CORPS NATUREL, CORPS ARTIFICIEL »)

Le corps naturel apparaît comme défaillant à plusieurs égards : vieillesse, mutilation, maladies, handicap… La problématique centrale concerne par conséquent la question des limites : jusqu’où aller pour pallier les défaillances du corps naturel ?

I.La prothèse

1.La guerre de 14-18

La prothèse reste pendant des siècles rudimentaires (bandeau, jambe de bois…). Les améliorations techniques surviennent au fur et à mesure des progrès dans les sciences. La guerre de 14-18 changera radicalement la donne.

En effet, la guerre de 14-18 est la première guerre « moderne » : les armes nouvelles (mines, bombes aériennes et gaz) et les combats de tranchées ont pour conséquence une mutilation des corps dans des proportions inconnues jusqu’à lors. Le retour des « gueules cassées » dans les villages aura un impact profond sur les consciences. La chirurgie réparatrice et les prothèses vont alors faire des progrès considérables en raison des « efforts de guerre ». La prothèse changera de statut : elle n’aura plus seulement un rôle fonctionnel (remplacer un organe ou un membre tel le pilon ou la jambe de bois), elle devra redonner aux mutilés le statut d’être humain aux yeux des autres hommes.

à voir un reportage  (attention images difficiles) : ici

Le roman La Chambre des officiers de Marc Dugain (1998) met en scène ces « gueules cassées » à travers le personnage d’Adrien défiguré par des éclats d’obus aux premiers jours de la guerre. Soigné à l’hôpital militaire du Val de Grâce, il fait connaissance de quatre autres blessés comme lui. Il réapprend à vivre, alors que son regard sur les autres « gueules cassées » -tout comme le regard des autres sur lui-même- lui permet de mesurer les mutilations subies. Ensemble ils passeront de la perception de « monstres » à l’acceptation et à la redéfinition de leur identité.

Le roman a été porté à l’écran par François Dupeyron en 2001.

la chambre des officiers : extraits from les années collège_16_17 on Vimeo.

Le célèbre tableau d’Otto Dix Les joueurs de skat (1920) permet également au spectateur de se questionner sur la perception de la monstruosité et de l’humanité à travers les trois mutilés mis en scène.

Pour une analyse détaillée du tableau ici

2. La prothèse aujourd’hui

Les prothèses bénéficient aujourd’hui des avancées technologiques considérables dans divers domaines  : chimie des matériaux (utilisation du titane et des fibres de carbone = légèreté et résistance), électronique, informatique…

Deux types de prothèse nouvelles en particulier :

  • les bio-prothèses qui sont intégrées dans le corps humain
Voir des exemples ici (attention il s’agit du site d’un TPE de 1ère S -l’article est de qualité malgré les quelques fautes qui subsistent).
  • les neuro-prothèses qui sont des dispositifs qui permettent de commander tout type de prothèses (intégrées ou non dans le corps) par le biais de la pensée (plus exactement du système nerveux et neuronal). Ces neuro-prothèses sont actuellement l’un des champs de recherches scientifiques et industrielles le plus actif. En effet, pour l’instant, ces dispositifs sont testés mais ne sont pas encore véritablement diffusés et pratiqués à large échelle.
Voir une présentation ici (toujours le même site)
Lire un article qui fait un premier bilan des avancées et des expériences sur des singes macaques ici et un autre article sur l’un des premiers appareillages en neuro-prothèse (mars 2017) ici 

II. Que « répare »-t-on quand on répare les corps ?

La « réparation » des corps pose deux questions :

  • la première est d’ordre éthique : quelles limites ? Cette réparation est-elle simplement la « remise en marche » d’un corps ou une « remise à neuf » ? Peut-elle aboutir à une augmentation des capacités de l’être humain ? (cette première question sera traitée dans un autre article)
  • la seconde est plus pratique : une réparation « plus parfaite » du corps permet-elle une meilleure acceptation de la nouvelle identité qu’elle engendre pour la personne ? La « réparation » se fait-on au niveau de la globalité totale de l’individu (corps et âme/esprit) ?

1.Nommer la personne dont le corps est « cassé »

Cette question est fondamentale pour comprendre les enjeux en terme de quête identitaire.

La personne qui naît avec un corps défaillant de quelque nature que ce soit est désignée comme « handicapée » (« de naissance »). Elle construit son identité avec les différents éléments liés à cette « situation de handicap ». Autrement dit, elle n’identifie pas son corps comme « amputé » pour soi-même : c’est le regard des autres (des « valides ») qui lui fait comprendre qu’il y a une « différence », « un manque » etc.

Elle se posera par conséquent comme étant « dans une situation de handicap » c’est-à-dire dans une situation de difficultés de plusieurs ordres (intégration scolaire, sociale, professionnelle autant que difficultés fonctionnelles et médicales) : le handicap n’est pas constitutif de son identité.

Cette nuance dans les termes utilisés (« un handicapé » / « une personne en situation de handicap ») est décisive en terme de réflexion car elle permet de cerner les enjeux de l’acceptation de soi (pour la personne elle-même) mais aussi du regard des valides sur la personne (non comme un être humain à qui il manque une partie, donc une sorte de sous-humain, mais comme un être humain à part entière).

Dans le cas des personnes dont le corps est « cassé » par un accident, la situation sera différente parce qu’il faudra un temps de deuil et de réappropriation qui suppose une recomposition de son identité.

Les mots sont ici encore une fois signifiants : le terme de « légume » est souvent utilisé pour désigner la violence de l’avant et après accident. L’idée implicite est celle de mollesse, de fadeur et, par voie de conséquence, d’absence de force.  La « décomposition » et la « pourriture » y sont associées. Ce mot, omniprésent dans les témoignages et œuvres liées à cette situation, désigne bien à quel point de départ on se situe dans la reconstruction identitaire de la personne.

2. Reconstruction et reconquête identitaire

Les données de cette reconquête :

  • deuil de son identité précédente
  • se reconnaître « autre » sous le regard des « valides »
  • évoluer dans un espace-temps différent : lieux et activités interdits du fait de leur non-accessibilité, un temps ralenti en raison de la lenteur des actions de la personne (le quotidien-combat) mais aussi de toute démarche de la vie sociale et administrative etc.
  • apprendre un mode de communication différent du fait de son statut et du regard social qui lui est porté
  • acceptation de l’autre en soi (autre = machine, prothèse ; autre = organe d’un autre individu …)
  • etc
A lire un article sur l’accessibilité des métros à Paris (c’est simple : une seule ligne !!!) : ici
A écouter : l’émission « la tête au carré » de novembre 2017 sur cette question : ici

III. Des femmes et des hommes « réparés »

1. Frida Kahlo

Frida Kahlo est une peintre mexicaine dont la vie a été marquée par un accident de bus très grave : alitée, ses autoportraits montrent sa souffrance et la complexité de sa propre réinvention identitaire

Résultat de recherche d'images pour "la colonne brisée"

La Colonne brisée (1944)

Pour une analyse détaillée du tableau : ici

2. Jean-Dominique Bauby 

Rédacteur en chef de Elle, il est victime d’un accident vasculaire cérébral qui le laisse dans l’enfermement d’un corps inerte le « locked-in syndrome ». Seule une paupière lui permet de communiquer avec l’extérieur. Il écrit alors Le Scaphandre et le papillon (1997) présenté ici au moment de sa sortie :

 

Le récit est adapté par Julian Schnabel en 2007

 

Analyse de la séquence :

 

3. Grand Corps Malade

Grand Corps Malade, ou Fabien Marsaud a été victime d’un accident en 1997. Il écrit en 2012 Patients (bien après sa reconnaissance grand public en tant que slameur), roman dans lequel il relate les différentes étapes de sa « rééducation » à travers le personnage de Benjamin.

Une interview intéressante :

 

4. Maylis de Kerangal Réparer les vivants

Dans ce roman, Maylis de Kerangal raconte le processus de don et de greffe d’organes entre Simon 19 ans qui décède le matin et Claire 51 ans, qui reçoit son coeur lors d’une greffe dans la journée. L’action est racontée à la fois comme une suite d’événements extraordinaires pour ceux qui les vivent (Simon qui décède, les parents qui apprennent la mort, Claire et les siens qui apprennent le don etc) mais aussi comme des gestes médicaux (ambulanciers, secrétaires qui assurent l’aspect bureaucratique, chirurgiens) héroïques, mais de l’ordre de l’héroïsme du quotidien.

Une interview de l’auteur :

Le roman a été adapté en pièce de théâtre . Lire une présentation de la pièce avec analyse et interview de l’auteur ici

Le roman a été adapté en film en 2016 par Katell Quillévéré

 

Une interview intéressante :

 

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