Le corps augmenté (1) : mesure et démesure de la technique

BTS 2018-2019 : THÈME DU PROGRAMME « CORPS NATUREL, CORPS ARTIFICIEL »)

Pour bien comprendre cet axe de réflexion, il faut avoir en mémoire deux concepts clefs : technique et démesure (hybris). Appliqués à la science, et en particulier à la médecine, ils permettent de comprendre pourquoi le passage d’un corps naturel « réparé » à un corps naturel « augmenté » pose question.

I. La technique

Longtemps méprisés car reliés à l’artisanat, les procédés techniques  acquièrent, au fur et à mesure qu’ils apportent des solutions aux problématiques scientifiques, une considération de plus en plus grande. La science s’intéresse en effet au « pourquoi » d’un phénomène : elle cherche des réponses globales sur les causes, la construction et le fonctionnement d’un élément. La technique s’intéresse quant à elle au « comment » : elle se concentre sur un point en particulier et s’efforce de produire ou d’améliorer quelque chose, elle se veut par conséquent utile, dans un cadre d’action circonscrit.

L’évolution du regard sur la technique se fait au XVIIIe siècle lorsque les avancées scientifiques utilisent des procédés techniques de plus en plus perfectionnés. L’Encyclopédie, la grande oeuvre des Philosophes témoigne de la considération nouvelle pour la technique : beaucoup d’articles lui sont consacrés dans différents domaines et des volumes de planches illustrent les outils qui sont nécessaires.

 Planches de L’Encyclopédie illustrant les techniques de distillation.

Au XXe siècle, la technique devient l’une des capacités clefs de l’intelligence humaine : elle est considérée même comme sa spécificité par rapport aux autres espèces animales. 

II. La démesure : « l’hybris »

Il s’agit d’une notion grecque qui désigne la démesure de l’orgueil humain et sa prétention à vouloir se hisser au même niveau que les Dieux, voire à les surpasser. Ce désir de puissance entraîne le débordement des passions et la volonté de devenir une sorte de « sur-homme » ce qui aboutit à des crimes et des injustices. 

Plusieurs mythes mettent en scène le châtiment d’individus coupables d’hybris et plusieurs de ces mythes montrent que la technique est au centre de ce sentiment puisqu’elle est utilisée comme moyen de devenir aussi performant et puissant que les Dieux.

(L’image d’illustration de l’article représente Arachné, transformée en araignée par Athéna, châtiment infligée parce qu’elle avait défié la déesse : lire son histoire ici)

1) Prométhée

Dans ce mythe, ce n’est pas un homme qui est coupable d’hybris mais un dieu qui cherche à donner aux hommes la capacité à devenir justement une espèce supérieure. le mythe tente en réalité d’expliquer la domination des Hommes sur les autres espèces et d’inciter à la réflexion : l’homme ne doit pas croire qu’il est « naturellement » plus fort que les autres, il a une responsabilité et doit en avoir conscience.

Le feu que Prométhée donne à l’Homme est ce qui lui donne sa supériorité : le feu permet la fabrication des outils et par là même, le prolongement de son corps et le dépassement de ses limites. 

Le mythe raconté dans la série Les grands mythes (arte) :

2) Dédale et Icare

Le mythe de Dédale et de son fils Icare est tout à fait éclairant. Dédale incarne la figure même du technicien : il invente et construit des objets. Dans la partie du mythe consacrée à la fabrication des ailes qui vont lui permettre de fuir le labyrinthe, on peut voir l’exemple même du premier « corps augmenté » : Dédale et son fils deviennent « surhumains ». L’attitude des deux personnages est par la suite symbolique : celle de Dédale qui reste modeste et ne vole pas trop haut, cherchant une efficacité stricte (fuir) et celle d’Icare qui veut égaler le Dieu Soleil en se plaçant aussi haut que lui (hybris) et est donc châtié.

Le mythe raconté dans la série Les grands mythes (arte) :

III. Mary Schelley Frankenstein ou le Prométhée moderne

Le roman est publié en 1818 : il obtient un succès immédiat qui ne se démentira pas par la suite.

Le Docteur Frankenstein se consacre avec frénésie à la recherche scientifique et parvient à créer à partir de plusieurs cadavres une créature humaine à qui il finit par donner la vie. On comprend dès lors le sous-titre (« le Prométhée moderne ») puisque le Docteur Frankenstein renouvelle en quelque sorte le geste de Prométhée : il libère les hommes des limites de la mortalité et devient l’égal d’un Dieu en donnant la vie.

Le châtiment de « l’hybris » du Docteur Frankenstein est exemplaire puisque la créature sème la mort autour de lui et se retourne contre son créateur, tuant notamment ses proches et le poursuivant sans trêve pour le persécuter.

Le roman se révèle ainsi comme une sévère mise en garde contre une science qui ne serait pas respectueuse de la nature et des limites qu’elle impose. L’attitude des personnages vis-à-vis de la nature (à travers les scènes de contemplation des paysages par exemple) est exemplaire. Pour certains personnages (comme Clerval l’ami du Docteur), la contemplation de la nature est source de ressourcement spirituel, permettant de retrouver les valeurs et le sens de la mesure. Le Docteur au contraire ne voit la nature que pour la dominer et l’exploiter.

 

La scène de la « naissance » de la créature  dans la célèbre adaptation de James Whale avec Boris Karloff dans le rôle de la créature en 1931 (l’un des premiers  films d’horreur et qui sera par la suite très souvent repris) :

Les premiers pas de la créature :

 

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